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Chapitre
3. ETAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES
1.
Le télétravail en France
Depuis
une dizaine d'années, le télétravail est, comme nous l'avons
vu, l'objet de représentations négatives et de craintes
dont la presse notamment a été l'écho. Cette médiatisation
trop forte par rapport à l'existant a été un frein à son
développement quantitatif en France.
1.1.
Quelques analyses et observations récentes au niveau national
A
la fin de l'année 1993, Thierry Breton dans son rapport
de synthèse, signalait déjà des difficultés pour quantifier
les télétravailleurs, tout autant que pour apporter une
définition officielle du terme "télétravail".
Depuis,
en l’absence d'indicateurs et d’un statut permettant
de recenser précisément les télétravailleurs, il est toujours
aussi difficile d'estimer avec précision, l'impact actuel
du phénomène en France.
Cependant
il est possible de travailler par approximations, de croiser
celles des différents observateurs, les pondérer et examiner
les chiffres des autres pays européens. Nous disposons également
de quelques études faites par des universitaires et quelques
grands acteurs qui observent le marché, ainsi que de quelques
sondages.
Selon
un rapport du conseil économique et social datant de janvier
1999[1], le nombre de travailleurs
à domicile aurait atteint environ 100 000 personnes
en 1997.Parmi cette population, moins de 10 % seraient des
techniciens, cadres moyens et supérieurs ou professions
libérales.
Quant
aux 60 % d’employés travaillant chez eux, la grande majorité
se consacre à des « services directs aux particuliers »,
tels que l’assistance maternelle, des travaux de repassage,
etc.
Les
statisticiens ont du mal à quantifier les "vrais"
télétravailleurs :
·
ceux
qui travaillent de chez eux ou dans un télécentre pour des
employeurs ou des clients auxquels ils sont reliés par télécommunication
;
·
les
indépendants, ces télétravailleurs libres souvent installés
dans les campagnes.
On
estime ainsi que les télésalariés seraient au nombre de
15 000 environ. Parmi eux, on trouve des assistantes de
direction, des agents administratifs ou des techniciens
de maintenance mais également des experts et des informaticiens.
En
conséquence, à partir de la définition la plus exhaustive
du télétravail, on peut avancer que la France compte au
moins 300 000 télétravailleurs. Tous les indicateurs annoncent
une progression maintenant plus forte et plus rapide qui
porterait ce chiffre à 500 000 dès l'an 2000.
La
première conclusion qu'il est possible d'avancer est en
fait une contradiction. Les experts prévoyaient dans les
années 1980 un fort développement du télétravail à distance.
Ces prévisions étaient erronées : la réalité des années
1990 le démontre. Le développement n'a pas été aussi fort
et rapide que prévu.
C'est
ainsi que les estimations faites par la suite, ont été beaucoup
plus prudentes, au point qu'elles se sont vues dépassées
par les premiers chiffres disponibles ces dernières années.
On
en arrive à l'observation et à la conclusion que même si
le travail à distance ne se développe pas en France aussi
rapidement que dans les autres pays du monde, on peut s'attendre
à une progression forte et rapide.
Selon
le dernier rapport sur le télétravail publié par la Commission
européenne (DG XIII), le pourcentage de foyers français
disposant d’un accès à l’Internet passera de 1,8 en 1997
à 16 en 2001. Pour 1999, il est de 5,5 : un chiffre
encore faible face aux 18,6 % du Royaume Uni.
Ainsi
la réalité le confirme : les Français découvrent et se familiarisent
avec les NTIC ; ceux qui travaillent en entreprise parviennent
plus facilement à travailler un peu plus chez eux et un
peu moins au bureau grâce au développement de l'informatique
familiale. Ils ne se coupent pas de l'entreprise, ils communiquent
avec elle.
Ceux
qui recherchent un emploi se tournent de plus en plus vers
l'autonomie et l'indépendance en créant leur propre activité,
car ils reçoivent davantage de propositions de collaboration
que d'embauche.
D’après
la Commission de Bruxelles, le programme gouvernemental
de modernisation de l’Etat pourrait jouer un rôle déterminant
dans le développement du télétravail en France, pays comptant
plus de cinq millions de fonctionnaires ou assimilés.
En
juillet 1998, ont paru les résultats de le première étude
de la Sofres sur le télétravail. Cette étude a été réalisée
sur Internet auprès d’une population a priori favorable
au télétravail. Une centaine d’entreprises et un échantillon
de 600 personnes ont répondu.
Elle
révèle que les premiers intéressés par le télétravail sont
la génération des 30-35 ans. D’après Patrick Hureau, Directeur
des Nouvelles Technologies à la Sofres « plus on avance
en âge, plus le télétravail devient attractif pour une population
en mal d’indépendance et possédant déjà un métier. Cette
population est aussi celle qui parle de son « malaise »
dans l’entreprise. Le désir de télétravail correspond
à une remise en question de la structure traditionnelle
de l’entreprise.
Des
solutions nouvelles et originales en matière d'hébergement
des télétravailleurs continuent d'apparaître.
Ainsi,
c'est à Pessac en Gironde, que le premier CyberVillage
français accueillera prochainement (septembre 1999)
ses nouveaux habitants[2].
Il
s'agit d'une opération en partenariat avec Bordeaux Unitec,
Bordeaux Technopolis, France Télécom et l'Efiprom. Le projet
est de créer une sorte de village conçu pour accueillir
des familles qui télétravailleront depuis des appartements
ou des maisons conçus pour cet usage. Une association CyberVillage
regroupe les habitants et les opérateurs.
Le
CyberVillage, proche du domaine de l'Université de Bordeaux,
s'organise autour d'une pépinière d'entreprises, d'un centre
de téléservices (permanence téléphonique, télésecrétariat…)
et propose maisons et appartements équipés par France Télécom.
1.2.
Enquête auprès des professionnels du travail à distance
(ANDT / NBC)
Cette
enquête a été réalisée sur Internet de mars à fin juin 1999
par l'Association Nationale pour le Développement du Télétravail
et de la Téléformation et le New Business Club.
Quelques
résultats significatifs :
·
Combien
de télétravailleurs ? Qui sont-ils ?
- 61
% des personnes qui ont répondu à cette enquête, télétravaillent.
- 52,63
% d'entre elles sont des femmes
-
Plus de 70 % appartiennent à la tranche des 30-50 ans
- Les
femmes sont plus jeunes : 53 % des 20-30 ans, et 62,96 %
des 30-40 ans
- 81
% des réponses viennent de province
- 67,65
% disposent d'un niveau d'enseignement supérieur
Il
ressort également que si le télésecrétariat se développe
de façon spectaculaire, c'est avec des personnes parfaitement
formées et d'un niveau sensiblement supérieur à celui rencontré
en entreprise.
·
Comment
travaillent-ils ?
- 52,82
% des télétravailleurs passent plus de 5 heures par jour
devant leur micro-ordinateur
-
Les
femmes représentent 50 % de cette population
- 91,18
% d'entre eux se connectent à Internet chaque jour
·
Où
télétravailler ?
Si
la majorité de la population concernée télétravaille uniquement
depuis le domicile, c'est surtout par manque de possibilités.
-
Le
concept du télécentre semble assimilé par la majorité des
télétravailleurs puisque 51,43 % savent ce qu'est un
télécentre et 37,14 % en ont entendu parler.
-
Pour
38,33 % (dont 78,26 % de réponses féminines) le télécentre
est d'abord un foyer de contacts professionnels
-
Pour
21,67 % le télécentre est une facilité offerte pour travailler
-
10
% considèrent que c'est une aide pour travailler
-
5
% pensent que c'est un accroissement de liberté
-
Les
femmes considèrent à 75 % que le matériel mis à disposition
dans les télécentres est un bon moyen de disposer d'un équipement
moderne sans devoir en gérer les investissements et l'entretien.
-
Dans
37,50 % des réponses (dont 62,96 % de réponses féminines),
un télécentre doit être proche du domicile
-
Pour
33,33 % des réponses, il doit se situer près d'un nœud de
connexion de transports en commun
-
20,83
% des choix placent le télécentre dans un cadre loin de
l'urbanisme (80 % de femmes)
Nous
retiendrons deux grandes tendances qui viennent valider
les options du projet de l'ORT
- le
télétravail professionnel français est d'abord féminin
Cette
enquête a le mérite d'être la première du genre dans notre
pays. En effet, il est à remarquer qu'à la différence du
Royaume Uni notamment, on ne disposait pas encore en France
d'éléments statistiques et d'études spécifiques sur le travail
à distance.
1.3.
Le télétravail en Midi Pyrénées
Les
chiffres font également défaut au niveau régional : il n'existe
pas à ce jour dans de statistiques officielles sur le développement
du travail à distance dans notre région. Toutefois, ce développement
(comme nous le verrons dans le chapitre VII Télétravail
et Internet) étant directement lié à l'intégration des
NTIC par les entreprises régionales et par les particuliers
en général, il est permis de penser que notre région et
plus particulièrement la métropole toulousaine, dispose
de tous les atouts pour suivre le train des mutations technologiques
et organisationnelles.
1.3.1.
Quelques expériences remarquables
Depuis
sept ans environ, des projets naissent, des initiatives
individuelles voient le jour, mais il semble qu'un nombre
restreint de ces tentatives aient pu s'inscrire dans la
durée.
C'est
en 1992, qu'est née la première expérience de télétravail
en Midi Pyrénées à Barequeville, petite commune du Rouergue
située à 20 kilomètres de Rodez. Didier RAYNAL, ancien cadre
toulousain, soutenu par la municipalité a lancé son projet
en 1992.
La
première exigence étant de recruter le personnel sur place,
il fait appel à l'ANPE de l'Aveyron pour trouver des informaticiennes
en PAO. Comme personne ne correspondait au profil, une session
de formation a été proposée à dix chômeuses dont six de
longue durée. Après 450 heures de formation, quatre ont
été recrutées par Didier RAYNAL.
Sa
société DRT (Didier Raynal Téléservices) a démarré
en 1993 avec un capital de 300 000 F proposant de sous-traiter
à distance tous travaux de PAO/DAO ainsi que la confection
de revues techniques.
Parmi
les initiatives réussies notamment en termes d'emplois et
qui font encore parler d'elles aujourd'hui, il faut citer
le cas de la société IGREC. Cette entreprise créée il y
a six ans près de Lavaur (Tarn) à l'initiative de Jean-Paul
DUVAL, est reconnue comme société de téléservices spécialisée
dans le recouvrement de factures. Elle emploie seize télétravailleurs
de la région de Lavaur ; s'y ajoutent cinq filiales installées
dans la France entière, ce qui représente au total cinquante
emplois créés.
Il
convient également de citer l'initiative du Conseil régional
Midi-Pyrénées qui dès 1994 a lancé un réseau de téléformation
baptisé PYRAMIDE. L'objectif visé était d'améliorer
la diffusion de la formation (autoformation, formation à
distance…) sur la région, et en particulier dans les zones
rurales. Ainsi 1 200 heures de formation ont été dispensées
en 1996 par le CNED (Centre national d'enseignement à distance),
le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers), l'IPST
(Institut de la Promotion Supérieure du Travail) et l'université
Paul-Sabatier de Toulouse. L'enveloppe de le DATAR qui a
soutenu le projet a représenté 160 000 F pour un coût global
de 2,8 millions de francs.
D'autres
initiatives à plus petite échelle n'ont pas manqué également
de voir le jour ces dernières années. Il s'agit de petites
structures de téléservices et de télétravailleurs indépendants.
Mais ces activités n'étant pas répertoriées sous le même
code par l'INSEE (conseils, études, services divers…), il
reste difficile de les évaluer.
Pour
citer le cas du secrétariat par exemple, chaque année de
nombreuses secrétaires au chômage osent relever le défi
pour s'installer à leur compte et proposer des services
de secrétariat à distance. Mais dans un contexte concurrentiel
difficile, bon nombre d'entre elles ne réussissent pas à
maintenir leur activité.
Par
ailleurs, même si les NTIC sont favorables au télétravail
et à l'externalisation des activités, les PME-PMI de la
région qui constituent l'essentiel de l'activité économique
des huit départements, se montrent encore particulièrement
réticentes à l'idée de confier à l'extérieur une partie
de leur système d'information. Encore faut-il d'ailleurs
qu'elles se soient équipées et préparées à cette nouvelle
forme d'organisation du travail.
Il
apparaît opportun de donner quelques indicateurs de la situation
économique et les priorités des entreprises régionales.
1.3.2.
Eléments d'enquête de la Chambre de Commerce et d'Industries
Midi-Pyrénées
Nous
nous appuierons sur l'enquête menée auprès de 1 000 entreprises
de la région par le Réseau des Chambres de Commerce et d'Industrie
de Midi-Pyrénées et dont la synthèse a été publiée en avril
1998. Elle avait pour objectif de mieux cerner les pratiques
et les besoins en matière d'emploi et de formation.
Le
panel était constitué de 55,5 % d'entreprises de plus de
10 salariés et 45,5 % de moins de 10 salariés.
Pour
1997 et pour l'année suivante, les entreprises prévoient
essentiellement une amélioration et une stabilisation de
leurs résultats. Priorité est donnée à l'action commerciale
et aux investissements. Il s'agit notamment d'augmenter
et de moderniser les équipements et le matériel.
Il
est à remarquer également que les entreprises affichent
un certain optimisme en matière d'emplois et d'évolution
des métiers. Les causes de cette évolution semblent liées
aux nouvelles technologies ainsi qu'aux nouveaux modes
d'organisation, de gestion et aux changements culturels.
Ainsi,
si les entreprises sont de plus en plus nombreuses, surtout
celles de moins de 10 salariés, à avoir recours à l'intérim,
elles s'intéressent aux nouvelles formes d'organisation
du travail. L'aménagement et l'annualisation du temps
de travail sont cités par, respectivement, un tiers et
la moitié des entreprises.
1.3.3.
Questionnaire
ORT
Dans
le cadre de la conférence organisée par l'ORT le 26 avril
1999 sur le thème du télétravail, de la téléformation et
des NTIC, un questionnaire d'enquête (figurant en annexe)
a été distribué aux entreprises participantes : 47 % appartenant
à la catégorie des TPE - Très Petites Entreprises, 36,5
% à la catégorie des PME-PMI et le reste à la catégorie
des grandes entreprises.
Pour
confirmer la remarque faite précédemment sur les réticences
des entreprises à externaliser certaines tâches, il est
à noter que 21 % seulement des entreprises interrogées ce
jour-là ont dit avoir déjà fait appel à un télésecrétariat
pour faire face à des crêtes d'activités.
En
ce qui concerne l'intérêt qu'est susceptible de représenter
le télétravail pour l'entreprise :
|
47,4
%
|
considèrent
le télétravail comme un recours à des compétences
délocalisées (sous-traitance)
|
|
26,3
%
|
l'apprécient
pour les économies qu'il entraîne (locaux, frais de
fonctionnement, déplacement)
|
|
21
%
|
pour
les gains de productivité
|
|
10
%
|
ne
connaissent pas le concept ou n'y voient aucun avantage
|
Ces
chiffres tendent à prouver l'intérêt certain que suscite
le télétravail aujourd'hui dans notre région. La prochaine
décennie devrait permettre de lever les réticences qui freinent
encore son expérimentation (résistance au changement, obsession
de la sécurité).
1.3.4.
Conclusion – Tendances d'évolution
Il
semble nécessaire de poursuivre encore l'effort de médiatisation,
renforcé par la volonté des pouvoirs publics au niveau régional.
Par
ailleurs, les contraintes économiques peuvent être considérées
comme un autre facteur déterminant susceptible d'accroître
le développement du travail à distance. En effet, face aux
mutations économiques et à l'intensification de la concurrence
désormais internationale, les entreprises régionales et
notamment celles de taille modeste, vont être amenées à
s'orienter vers le recours au travail indépendant et à l'externalisation.
Depuis
mois quelques mois la Région Midi Pyrénées et notamment
la métropole toulousaine, semble être bien engagée sur la
voie des NTIC et des nouvelles organisations. Il est permis
d'espérer que grâce à la mobilisation des décideurs, notre
région ne restera pas à l'écart de la tendance qui se dessine
au plan national, non seulement en Ile de France mais aussi
en Auvergne ou dans le Vercors.
2.
Le télétravail chez nos voisins européens
Le
3e Festival européen du télétravail et des téléactivités
s'est déroulé en mars 1998 à Serre-Chevalier (Hautes-Alpes).
Avec la présence des meilleurs spécialistes européens et
l'organisation d'une vingtaine de conférences, cette manifestation
serait pour beaucoup le seul événement de référence ayant
trait aux nouvelles formes de travail.
En
attendant la quatrième édition qui devait avoir lieu du
25 au 27 mars et qui est reportée au mois de septembre 1999,
nous pouvons reprendre le bilan qui de la dernière rencontre.
L'intérêt
des échanges a résidé dans le choc des cultures entre praticiens
et professionnels des nouvelles technologies, venus de Grande-Bretagne,
d'Italie, de France et d'Europe du Nord.
La
seule question de la définition du télétravail plus ou moins
large d'un pays à l'autre, constitue un premier obstacle.
Pour les questions juridiques et fiscales, l'avancement
des réflexions est très variable selon le contexte et les
cultures. On remarque des volontés inégales de répondre
à des questions cruciales sur le statut professionnel. Il
est donc difficile d'avancer des chiffres significatifs.
Ainsi
par exemple, alors que les télétravailleurs nomades ont
pour l'instant un statut de tolérance en France, les Pays-Bas
ont largement progressé sur les questions juridiques et
fiscales liées à cette situation.
Chaque
pays a pour tache "d'avancer de son côté avec l'autorisation,
sinon le devoir de confronter sa propre expérience avec
celle de ses voisins."
Tel
est l'objectif du projet ETD (European Telework Development)
qui doit s'achever en juin 1999.
2.2
L'Italie
Comme
la France, l'Italie propose des définitions aussi différentes
que nombreuses du télétravail. Elle occupe la onzième place
européenne avec 97 000 personnes (soit 0,46 % de celles
qui ont un emploi) concernées par le travail à distance.
La
désertification des campagnes a été, en Italie, à l'origine
de la création du premier télécentre près de Bologne.
En
1998, le Ministère du travail a présenté un projet de loi
visant à réglementer les droits des télétravailleurs. On
peut alors compter cinq télécentres (contre 9 en France,
160 en Angleterre et en Irlande).
Les
échanges avec notre partenaire italien, Daemetra,
et notamment la rencontre transnationale des 6 et 7 décembre
1999 à Mantoue nous ont permis de dresser un bilan plus
précis sur la situation des téléactivités en Italie.
L'Italie
compte 720 000 télétravailleurs (soit 3,6 % de la population
active) répartis comme suit :
·
1,57
% télétravailleurs à domicile
·
0,45
% indépendants
·
1,35
% travailleurs nomades
·
0,67
% télétravailleurs occasionnels
Entre
1994 et 1999, l'Italie a enregistré une augmentation particulièrement
sensible du nombre de télétravailleurs : 642,3 % ; alors
que notre pays a atteint 195,3 % pour la même période.
En
1994, il n'existait pas de télécentre en Italie ; on en
compte 20 aujourd'hui (contre 13 existants ou en projet
en France).
On
assiste également au boom des telecottages : 200 % en un
an. Il s'agit de structures en grande partie publiques créées
pour redynamiser une zone et pour fournir des services à
la collectivité.
En
Italie, telecottage et télécentres sont assimilés car ces
structures proposent non seulement la location de bureaux
équipés, pour favoriser le télétravail pendulaire en zone
rurale notamment, mais aussi toute une gamme de téléservices.
Ils
sont ainsi centres d'appels notamment pour la gestion des
numéros verts, centres télématiques et informatiques pour
les petites entreprises locales non équipées, centres de
vidéo-conférences…
Il
convient de citer l'exemple du télécentre d'Asiago qui vient
d'obtenir le prix Telework 1999 pour la première meilleure
expérience italienne de télétravail dans le secteur des
petites et moyennes entreprises. De plus dans le cadre d'un
futur projet visant la création d'emplois féminins, le télécentre
d'Asiago sera mis en liaison avec un Call Center Virtuel
de Padoue.
Même
si les entreprises italiennes ont montré beaucoup de réticences
face à l'introduction du télétravail, un changement de mentalité
tend à s'opérer notamment avec l'essor des NTIC.
Ainsi
par exemple, l'investissement des entreprises en publicité
sur Internet a augmenté de 400 % au cours des premiers mois
de 1999.
On
peut assister également au développement de nouveaux métiers
comme celui d"'information broker" chargé de collecter
des informations sur le Réseau pour le compte des entreprises.
Enfin
l'Italie semble plus avancée que la France en matière d'accords
et dispositifs réglementaires visant à promouvoir et à instituer
le télétravail, dans le secteur privé comme dans le secteur
public. Toutefois le second est plus avancé que le premier
tant par le nombre des expériences déjà conduites que par
le développement de nouveaux projets.
Citons
pour exemple, l'accord qui a été conclu par Electrolux Zanussi
en décembre 1997 et le projet de l'Université de Vérone,
tous deux en faveur de l'emploi des femmes.
2.1.
L'Espagne
Dans
ce pays, le télétravail correspond encore à une notion floue.
Cependant, sur le terrain des initiatives dynamiques émergent.
En
1997, on note la création du premier télécentre de Gordexola
(1 500 habitants, à une vingtaine kilomètres de Bilbao).
Il participe depuis à un projet européen du fonds Feder,
doté d'un budget de 4,6 millions de francs sur trois ans,
de 1997 à 1999.
L'objectif
est d'implanter les nouvelles technologies dans les PME
de la région et encourager le télétravail.
L'Association
Nationale des Télétravailleurs (ANT) créée en 1996 s'est
donnée pour objectif d'informer et de promouvoir ce nouveau
mode de travail, notamment par la création d'un cadre
légal et d'un plan de télé-emploi. En 1998, lors du
salon des ressources humaines qui s'est tenu au mois de
mai à Madrid, l'association comptait 14 000 affiliés
et avait obtenu 630 accords de collaboration avec les entreprises
et 360 organismes institutionnels.
2.3.
L'Allemagne
Selon
le Ministère allemand du Travail, l'Allemagne ne compterait
que 150 000 télétravailleurs salariés environ. 21 % des
firmes allemandes ont adopté le télétravail. Les entreprises
pionnières étant IBM et Deutsche Telekom (opérateur téléphonique
allemand).
Il
convient de citer l'expérience remarquable dans cette dernière
firme qui a conclu depuis 3 ans, avec le syndicat allemand
de la Poste (DPG), un projet de convention collective
sur le télétravail. Cette convention (provisoire) contient
une liste détaillée des mesures à respecter. Le salarié
est libre d'opter pour le télétravail.
En
1998, selon une enquête menée par le Journal Entreprises
et Carrières[3],
160 salariés sur 190 000 que compte Deutsche Telekom, participent
au projet. Ils sont tous employés à des tâches différentes
: traitement de commandes, services téléphoniques, marketing…
Un
grand nombres d'entreprises allemandes, estiment, selon
une étude de l'université privée de Witten/Herdecke, que
leurs activités ne se prêtent pas au télétravail ou que
les coûts en télécommunication sont trop élevés. Malgré
ces réticences, la majorité des entreprises estiment que
le télétravail constitue un potentiel très grand, appelé
à se développer d'une façon importante dans les années à
venir.
Les
entreprises qui ont déjà adopté cette nouvelle forme d'organisation
dressent un bilan positif[4] :
·
50
% estiment que la flexibilité s'est accrue grâce au télétravail
·
20
% ont noté un recul du taux d'absentéisme
·
30
% ont remarqué que leurs salariés étaient plus motivés et
donc plus productifs.
2.4.
Le Royaume-Uni
Le
Royaume-Uni compte 2,6 fois plus de télétravailleurs que
la France. Avec quatre millions de télétravailleurs recensés,
l'Angleterre détient le record d'Europe. Toutefois, comme
c'est la définition la plus large du télétravail qui prévaut
ce chiffre inclut les travailleurs indépendants qui ne sont
pas pris en compte par les statistiques françaises.
Il
faut souligner la solution originale et propre à la Grande-Bretagne
des "télécottages". Ce sont des centres
de services télématiques de proximité accessibles à la communauté.
Une
de leurs fonctions initiales est de former la population
locale à l'informatique et à la télématique, pour lui permettre
d'accéder à un niveau comparable à celui des travailleurs
urbains. Cette formule du télécottage insiste sur le soutien
social qui est apporté au télétravailleur. Celui-ci n'y
vient pas aussi régulièrement que dans un télécentre traditionnel.
En
Grande-Bretagne, une quinzaine de métiers et presque tous
les secteurs d'activité sont concernés par le télétravail.
Les
patrons bénéficiant de la formule placent l'autonomie de
la personne comme premier critère de recrutement d'un télétravailleur,
puis la maturité, l'expérience et la conformité du domicile.
Ils
sont 36 % à constater le manque d'autodiscipline comme le
principal motif d'inaptitude à cette organisation. Le besoin
de supervision apparaît comme le deuxième obstacle (29 %),
suivi du manque de confiance en soi (25 %), du besoin de
compagnie (18 %) et de l'hostilité de la famille (16 %).
Parmi
les désavantages liés au télétravail, les patrons britanniques
notent d'abord la difficulté de gestion, puis l'isolement
social, au même rang que les difficultés de communication,
et encore l'indisponibilité pour les réunions dans l'entreprise.
La
mauvaise qualité de travail vient ensuite. Les problèmes
techniques se placent au dernier rang, ce qui confirme que
les technologies ne posent plus réellement de problèmes.
2.5.
La Norvège
Le
télétravail a pris dans ce pays une telle ampleur que toute
l'organisation traditionnelle des entreprises et , plus
généralement, de la société s'en trouve bouleversée.
Un
nombre croissant de norvégiens travaillent désormais à domicile.
Ils se situent essentiellement dans le secteur de l'informatique
et des télécommunications et de la banque.
Le
lien physique est conservé au rythme d'au moins deux jours
par semaine afin de ne pas se déconnecter de la culture
d'entreprise.
Certaines
grandes sociétés de la capitale ont décidé d'aménager leurs
branches ou leurs filiales en province en réorganisant certaines
activités au sein d'u réseau de bureaux satellites.
3.
Le télétravail aux Etats-Unis
D'après
une étude de la société Gartner, le télétravail concernerait
plus de 12 millions d'américains. Il commence à toucher
toutes les industries, grandes entreprises et PME. Les statistiques
prévoient 80 millions de télétravailleurs en 2003.
Grâce
au télétravail, les gains de productivité seraient de 15
à 40 % plus élevés.
Les
entreprises à domicile, le "home based business",
sont connues et reconnues. D'après le Cabinet Link Ressources,
elles sont passées de 1,2 millions en 1980 à 14 millions
aujourd'hui.
Dans
l'état de Californie, par exemple, et depuis 1990, un décret
oblige les entreprises qui emploient plus de 50 personnes
sur un même site de présenter sous 90 jours un plan de réduction
du trafic automobile domicile/lieu de travail. Une amende
de 25 000 dollars sanctionnant chaque jour de retard, on
peut comprendre que l'idée du travail à distance se matérialise
plus vite qu'en Europe.
Dans
ce même état également, la loi impose à toute personne travaillant
à domicile, une pièce bien séparée de l'habitation et disposant
d'une entrée indépendante.
4. Perspectives
Aujourd'hui
malgré un historique d'une vingtaine d'années ponctuée d'incitations
politiques, on ne dénombre, nous l'avons vu, que 300 000
télétravailleurs en France. Néanmoins ce chiffre va continuer
à croître dans les années à venir : 10 millions d'européens
devraient télétravailler d'ici à l'an 2000 (objectifs de
la DG XIII).
Une
analyse de l'ANDT (Association Nationale pour le Développement
du Télétravail et de la Téléformation) parue dans l'Annuaire
Français du Travail à distance de 1999, montre que le marché
du travail à distance est potentiellement immense. "Le
vrai problème est de comprendre comment le sortir de l'anonymat".
Ce
marché concerne des millions d'entreprises, quelle que soit
leur taille, et des millions de personnes pour lesquelles
la séparation entre la vie et la vie professionnelle peut
et doit trouver une nouvelle position.
D'après
le CRTTA (Centre de Ressources sur le Télétravail et les
Téléactivités en Auvergne), le développement massif du télétravail
peut être envisagé aujourd'hui du fait de la conjonction
de plusieurs phénomènes :
- La
déconcentration de l'activité salariée : aujourd'hui,
on sait techniquement amener le travail aux télétravailleurs.
Déplacer le travail, c'est promouvoir la création de structures
moins massives, mouvantes, communicantes qui autorisent
l'individu à gérer plus efficacement et de façon plus enrichissante
pour lui, donc pour l'entreprise qui l'emploie, sa charge
de travail.
-
Une action palliative pour la décongestion de sites géographiques.
Le télétravail abolit les distances et permet de faire travailler
sur un même projet avec un même projet, avec un même esprit
d'entreprise et les mêmes bases d'information, des individus
délocalisés de zones urbanisées trop denses.
-
Une dynamique exogène de développement, voulue par les pouvoirs
publics dans une optique de rééquilibrage socio-économique
du territoire français. Seule une politique incitative
peut aider au dynamisme de zones suburbaines et rurales
de régions économiquement "plus faibles". Il faut
préparer ces régions et leurs habitants à saisir la chance
des téléactivités pour se vendre sur le marché du travail
et ainsi rapatrier des heures de travail.
-
Une prédominance de l'esprit gestionnaire des chefs d'entreprise.
Aujourd'hui la recherche de productivité dans les
services conduit les dirigeants à réorganiser les branches
non bénéficiaires de leur activité, soit en essaimant géographiquement
ce travail tout en gardant un lien fort et unique contrat
de travail, avec les essaimés, soit en sous-traitant ce
travail à un centre de profit autonome qui gère ces mêmes
branches pour d'autres entreprises
-
Une motivation sociale : semaine de 4 jours, de 35 heures,
temps partagé, annualisé, rémunération à la tâche…, ces
idées qui impulsent les mutations sociales des années à
venir ont pour principe de nous faire travailler plus efficacement
mais aussi plus harmonieusement avec la société dans laquelle
nous vivons. Chaque réflexion sur ces thèmes accrédite encore
plus l'hypothèse d'un développement massif du télétravail,
plus en phase avec ses principes que le mode d'organisation
actuel.
-
Un développement des nouvelles technologies d'information
et de communication qui permettent des échanges de données
informatiques ou télématiques de qualité et peu onéreux.
Ce phénomène est à coupler avec l'essor d'Internet comme
instrument de travail et de commerce et la tendance des
particuliers et des entreprises à s'équiper en informatique
et multimédia.
Si
nous voulons faire un peu de prospective, nous pouvons conclure
cette analyse avec l'extrait d'une communication présentée
au festival du télétravail, 28-31 mars 1996, par Denis Bérard.[5]
A
court terme, c'est-à-dire à l'horizon 2005, il faut prendre
en compte les tendances lourdes, que l'on peut résumer en
quelques points :
·
Internet
(puis d'autres réseaux concurrents) seront un standard de
communication au même titre que le téléphone actuellement.
On peut aussi prévoir une fusion des différents réseaux
: téléphoniques, câbles TV, Internet pour arriver à un véritable
réseau "multimédia" à large bande, utilisé par
de multiples services et différents opérateurs.
·
La
part de l'immatériel dans l'économie croîtra encore, et
le travail salarié classique continuera à régresser au profit
de nouvelles formes de travail, plus précaires, et surtout
plus mobiles et déconcentrées. Le travail rémunéré ne sera
qu'une des activités sociales de l'homme du XXIe siècle,
et pas toujours le point d'ancrage principal de son identité
sociale.
Dans
ce cadre, on peut imaginer que la distinction actuelle entre
travail "classique" et "télétravail"
n'aura plus de sens. Le télétravail ne sera qu'une des activités
contenues dans le cadre d'un emploi ou plus exactement une
des façons d'exercer une activité.
De
même que la distinction temps de travail/temps de loisir
aura perdu peu à peu sa signification, la rémunération au
temps passé n'aura plus de sens, du moins pour toutes les
activités "déterritorialisables". De ce fait,
le temps passé sur les futures autoroutes de l'information
sera indissociable du temps de travail et du temps de loisir.
L'exploration
du réseau (qui, si l'on en croit les taux de croissance
actuels, sera devenu un véritable "monde virtuel")
sera simultanément une activité de communication, de formation,
de jeu, de travail.
Ainsi
une discussion initiée dans un newsgroup pourra donner lieu
à un projet commun avec une personne inconnue jusque là,
et évoluer en une réalisation trouvant un marché.
La
notion même de "tissu social" devra être repensée
en fonction du poids des réseaux électroniques dans la société.
Les personnes avec lesquelles nous communiquons actuellement
sont liées à notre histoire personnelle, à notre environnement
professionnel ou encore davantage à notre voisinage. Demain,
il sera banal d'échanger quotidiennement, de travailler,
de jouer avec des hommes et des femmes que l'on ne verra
jamais, et ce "tissu social virtuel" s'étendra
sur la planète entière.
Ce
peut être le meilleur des mondes comme le pire. A la différence
de nos grands-parents confrontés à l'émergence d'une société
industrielle qui s'est imposée à eux sauvagement, nous avons
encore la possibilité d'anticiper, de dessiner les grandes
lignes de cette société post-industrielle dont on nous parle
depuis déjà quelques années. A nous de mettre en place à
temps les mécanismes régulateurs, les garde-fous, s'ils
ne nous assurent pas du paradis, nous éviterons peut-être
l'enfer….
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