L'ORT Toulouse et ses formationss...  L'équipe de direction du centre Le geoupe de pilotage du télétravail Le concepteur et gestionnaire du site
   
 

Chapitre 3. ETAT DES LIEUX ET PERSPECTIVES

 

1.    Le télétravail en France

Depuis une dizaine d'années, le télétravail est, comme nous l'avons vu, l'objet de représentations négatives et de craintes dont la presse notamment a été l'écho. Cette médiatisation trop forte par rapport à l'existant a été un frein à son développement quantitatif en France.

1.1.      Quelques analyses et observations récentes au niveau national

A la fin de l'année 1993, Thierry Breton dans son rapport de synthèse, signalait déjà des difficultés pour quantifier les télétravailleurs, tout autant que pour apporter une définition officielle du terme "télétravail".

Depuis, en l’absence d'indicateurs et d’un statut permettant de recenser précisément les télétravailleurs, il est toujours aussi difficile d'estimer avec précision, l'impact actuel du phénomène en France.

Cependant il est possible de travailler par approximations, de croiser celles des différents observateurs, les pondérer et examiner les chiffres des autres pays européens. Nous disposons également de quelques études faites par des universitaires et quelques grands acteurs qui observent le marché, ainsi que de quelques sondages.

Selon un rapport du conseil économique et social datant de janvier 1999[1], le nombre de travailleurs à domicile aurait atteint environ 100 000 personnes en 1997.Parmi cette population, moins de 10 % seraient des techniciens, cadres moyens et supérieurs ou professions libérales.

Quant aux 60 % d’employés travaillant chez eux, la grande majorité se consacre à des « services directs aux particuliers », tels que l’assistance maternelle, des travaux de repassage, etc.

Les statisticiens ont du mal à quantifier les "vrais" télétravailleurs :

·        ceux qui travaillent de chez eux ou dans un télécentre pour des employeurs ou des clients auxquels ils sont reliés par télécommunication ;

·        les indépendants, ces télétravailleurs libres souvent installés dans les campagnes.

On estime ainsi que les télésalariés seraient au nombre de 15 000 environ. Parmi eux, on trouve des assistantes de direction, des agents administratifs ou des techniciens de maintenance mais également des experts et des informaticiens.

En conséquence, à partir de la définition la plus exhaustive du télétravail, on peut avancer que la France compte au moins 300 000 télétravailleurs. Tous les indicateurs annoncent une progression maintenant plus forte et plus rapide qui porterait ce chiffre à 500 000 dès l'an 2000.

La première conclusion qu'il est possible d'avancer est en fait une contradiction. Les experts prévoyaient dans les années 1980 un fort développement du télétravail à distance. Ces prévisions étaient erronées : la réalité des années 1990 le démontre. Le développement n'a pas été aussi fort et rapide que prévu.

C'est ainsi que les estimations faites par la suite, ont été beaucoup plus prudentes, au point qu'elles se sont vues dépassées par les premiers chiffres disponibles ces dernières années.

On en arrive à l'observation et à la conclusion que même si le travail à distance ne se développe pas en France aussi rapidement que dans les autres pays du monde, on peut s'attendre à une progression forte et rapide.

Selon le dernier rapport sur le télétravail publié par la Commission européenne (DG XIII), le pourcentage de foyers français disposant d’un accès à l’Internet passera de 1,8 en 1997 à 16 en 2001. Pour 1999, il est de 5,5 : un chiffre encore faible face aux 18,6 % du Royaume Uni.

Ainsi la réalité le confirme : les Français découvrent et se familiarisent avec les NTIC ; ceux qui travaillent en entreprise parviennent plus facilement à travailler un peu plus chez eux et un peu moins au bureau grâce au développement de l'informatique familiale. Ils ne se coupent pas de l'entreprise, ils communiquent avec elle.

Ceux qui recherchent un emploi se tournent de plus en plus vers l'autonomie et l'indépendance en créant leur propre activité, car ils reçoivent davantage de propositions de collaboration que d'embauche.

D’après la Commission de Bruxelles, le programme gouvernemental de modernisation de l’Etat pourrait jouer un rôle déterminant dans le développement du télétravail en France, pays comptant plus de cinq millions de fonctionnaires ou assimilés.

En juillet 1998, ont paru les résultats de le première étude de la Sofres sur le télétravail. Cette étude a été réalisée sur Internet auprès d’une population a priori favorable au télétravail. Une centaine d’entreprises et un échantillon de 600 personnes ont répondu.

Elle révèle que les premiers intéressés par le télétravail sont la génération des 30-35 ans. D’après Patrick Hureau, Directeur des Nouvelles Technologies à la Sofres « plus on avance en âge, plus le télétravail devient attractif pour une population en mal d’indépendance et possédant déjà un métier. Cette population est aussi celle qui parle de son « malaise » dans l’entreprise. Le désir de télétravail correspond à une remise en question de la structure traditionnelle de l’entreprise.

Des solutions nouvelles et originales en matière d'hébergement des télétravailleurs continuent d'apparaître.

Ainsi, c'est à Pessac en Gironde, que le premier CyberVillage français accueillera prochainement (septembre 1999) ses nouveaux habitants[2].

Il s'agit d'une opération en partenariat avec Bordeaux Unitec, Bordeaux Technopolis, France Télécom et l'Efiprom. Le projet est de créer une sorte de village conçu pour accueillir des familles qui télétravailleront depuis des appartements ou des maisons conçus pour cet usage. Une association CyberVillage regroupe les habitants et les opérateurs.

Le CyberVillage, proche du domaine de l'Université de Bordeaux, s'organise autour d'une pépinière d'entreprises, d'un centre de téléservices (permanence téléphonique, télésecrétariat…) et propose maisons et appartements équipés par France Télécom.

1.2.      Enquête auprès des professionnels du travail à distance (ANDT / NBC)

Cette enquête a été réalisée sur Internet de mars à fin juin 1999 par l'Association Nationale pour le Développement du Télétravail et de la Téléformation et le New Business Club.

Quelques résultats significatifs :

·        Combien de télétravailleurs ? Qui sont-ils ?

61 % des personnes qui ont répondu à cette enquête, télétravaillent.

- 52,63 % d'entre elles sont des femmes

- Plus de 70 % appartiennent à la tranche des 30-50 ans

- Les femmes sont plus jeunes : 53 % des 20-30 ans, et 62,96 % des 30-40 ans

- 81 % des réponses viennent de province

- 67,65 % disposent d'un niveau d'enseignement supérieur

Il ressort également que si le télésecrétariat se développe de façon spectaculaire, c'est avec des personnes parfaitement formées et d'un niveau sensiblement supérieur à celui rencontré en entreprise.

·        Comment travaillent-ils ?

- 52,82 % des télétravailleurs passent plus de 5 heures par jour devant leur micro-ordinateur

-  Les femmes représentent 50 % de cette population

- 91,18 % d'entre eux se connectent à Internet chaque jour

·        Où télétravailler ?

Si la majorité de la population concernée télétravaille uniquement depuis le domicile, c'est surtout par manque de possibilités.

-         Le concept du télécentre semble assimilé par la majorité des télétravailleurs puisque 51,43 % savent ce qu'est un télécentre et 37,14 % en ont entendu parler.

-         Pour 38,33 % (dont 78,26 % de réponses féminines) le télécentre est d'abord un foyer de contacts professionnels

-         Pour 21,67 % le télécentre est une facilité offerte pour travailler

-         10 % considèrent que c'est une aide pour travailler

-         5 % pensent que c'est un accroissement de liberté

-         Les femmes considèrent à 75 % que le matériel mis à disposition dans les télécentres est un bon moyen de disposer d'un équipement moderne sans devoir en gérer les investissements et l'entretien.

-         Dans 37,50 % des réponses (dont 62,96 % de réponses féminines), un télécentre doit être proche du domicile

-         Pour 33,33 % des réponses, il doit se situer près d'un nœud de connexion de transports en commun

-         20,83 % des choix placent le télécentre dans un cadre loin de l'urbanisme (80 % de femmes)

Nous retiendrons deux grandes tendances qui viennent valider les options du projet de l'ORT

  • le télétravail professionnel français est d'abord féminin
  • les télécentres sont bien identifiés et attendus par les professionnels du travail à distance

Cette enquête a le mérite d'être la première du genre dans notre pays. En effet, il est à remarquer qu'à la différence du Royaume Uni notamment, on ne disposait pas encore en France d'éléments statistiques et d'études spécifiques sur le travail à distance.

1.3.            Le télétravail en Midi Pyrénées

Les chiffres font également défaut au niveau régional : il n'existe pas à ce jour dans de statistiques officielles sur le développement du travail à distance dans notre région. Toutefois, ce développement (comme nous le verrons dans le chapitre VII Télétravail et Internet) étant directement lié à l'intégration des NTIC par les entreprises régionales et par les particuliers en général, il est permis de penser que notre région et plus particulièrement la métropole toulousaine, dispose de tous les atouts pour suivre le train des mutations technologiques et organisationnelles.

1.3.1.      Quelques expériences remarquables

Depuis sept ans environ, des projets naissent, des initiatives individuelles voient le jour, mais il semble qu'un nombre restreint de ces tentatives aient pu s'inscrire dans la durée.

C'est en 1992, qu'est née la première expérience de télétravail en Midi Pyrénées à Barequeville, petite commune du Rouergue située à 20 kilomètres de Rodez. Didier RAYNAL, ancien cadre toulousain, soutenu par la municipalité a lancé son projet en 1992.

La première exigence étant de recruter le personnel sur place, il fait appel à l'ANPE de l'Aveyron pour trouver des informaticiennes en PAO. Comme personne ne correspondait au profil, une session de formation a été proposée à dix chômeuses dont six de longue durée. Après 450 heures de formation, quatre ont été recrutées par Didier RAYNAL.

Sa société DRT (Didier Raynal Téléservices) a démarré en 1993 avec un capital de 300 000 F proposant de sous-traiter à distance tous travaux de PAO/DAO ainsi que la confection de revues techniques.

Parmi les initiatives réussies notamment en termes d'emplois et qui font encore parler d'elles aujourd'hui, il faut citer le cas de la société IGREC. Cette entreprise créée il y a six ans près de Lavaur (Tarn) à l'initiative de Jean-Paul DUVAL, est reconnue comme société de téléservices spécialisée dans le recouvrement de factures. Elle emploie seize télétravailleurs de la région de Lavaur ; s'y ajoutent cinq filiales installées dans la France entière, ce qui représente au total cinquante emplois créés.

Il convient également de citer l'initiative du Conseil régional Midi-Pyrénées qui dès 1994 a lancé un réseau de téléformation baptisé PYRAMIDE. L'objectif visé était d'améliorer la diffusion de la formation (autoformation, formation à distance…) sur la région, et en particulier dans les zones rurales. Ainsi 1 200 heures de formation ont été dispensées en 1996 par le CNED (Centre national d'enseignement à distance), le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers), l'IPST (Institut de la Promotion Supérieure du Travail) et l'université Paul-Sabatier de Toulouse. L'enveloppe de le DATAR qui a soutenu le projet a représenté 160 000 F pour un coût global de 2,8 millions de francs.

D'autres initiatives à plus petite échelle n'ont pas manqué également de voir le jour ces dernières années. Il s'agit de petites structures de téléservices et de télétravailleurs indépendants. Mais ces activités n'étant pas répertoriées sous le même code par l'INSEE (conseils, études, services divers…), il reste difficile de les évaluer.

Pour citer le cas du secrétariat par exemple, chaque année de nombreuses secrétaires au chômage osent relever le défi pour s'installer à leur compte et proposer des services de secrétariat à distance. Mais dans un contexte concurrentiel difficile, bon nombre d'entre elles ne réussissent pas à maintenir leur activité.

Par ailleurs, même si les NTIC sont favorables au télétravail et à l'externalisation des activités, les PME-PMI de la région qui constituent l'essentiel de l'activité économique des huit départements, se montrent encore particulièrement réticentes à l'idée de confier à l'extérieur une partie de leur système d'information. Encore faut-il d'ailleurs qu'elles se soient équipées et préparées à cette nouvelle forme d'organisation du travail.

Il apparaît opportun de donner quelques indicateurs de la situation économique et les priorités des entreprises régionales.

1.3.2.      Eléments d'enquête de la Chambre de Commerce et d'Industries Midi-Pyrénées

Nous nous appuierons sur l'enquête menée auprès de 1 000 entreprises de la région par le Réseau des Chambres de Commerce et d'Industrie de Midi-Pyrénées et dont la synthèse a été publiée en avril 1998. Elle avait pour objectif de mieux cerner les pratiques et les besoins en matière d'emploi et de formation.

Le panel était constitué de 55,5 % d'entreprises de plus de 10 salariés et 45,5 % de moins de 10 salariés.

Pour 1997 et pour l'année suivante, les entreprises prévoient essentiellement une amélioration et une stabilisation de leurs résultats. Priorité est donnée à l'action commerciale et aux investissements. Il s'agit notamment d'augmenter et de moderniser les équipements et le matériel.



Il est à remarquer également que les entreprises affichent un certain optimisme en matière d'emplois et d'évolution des métiers. Les causes de cette évolution semblent liées aux nouvelles technologies ainsi qu'aux nouveaux modes d'organisation, de gestion et aux changements culturels.

Ainsi, si les entreprises sont de plus en plus nombreuses, surtout celles de moins de 10 salariés, à avoir recours à l'intérim, elles s'intéressent aux nouvelles formes d'organisation du travail. L'aménagement et l'annualisation du temps de travail sont cités par, respectivement, un tiers et la moitié des entreprises.

1.3.3.      Questionnaire ORT

Dans le cadre de la conférence organisée par l'ORT le 26 avril 1999 sur le thème du télétravail, de la téléformation et des NTIC, un questionnaire d'enquête (figurant en annexe) a été distribué aux entreprises participantes : 47 % appartenant à la catégorie des TPE - Très Petites Entreprises, 36,5 % à la catégorie des PME-PMI et le reste à la catégorie des grandes entreprises.

Pour confirmer la remarque faite précédemment sur les réticences des entreprises à externaliser certaines tâches, il est à noter que 21 % seulement des entreprises interrogées ce jour-là ont dit avoir déjà fait appel à un télésecrétariat pour faire face à des crêtes d'activités.

En ce qui concerne l'intérêt qu'est susceptible de représenter le télétravail pour l'entreprise :

47,4 %

considèrent le télétravail comme un recours à des compétences délocalisées (sous-traitance)

26,3 %

l'apprécient pour les économies qu'il entraîne (locaux, frais de fonctionnement, déplacement)

21 %

pour les gains de productivité

10 %

ne connaissent pas le concept ou n'y voient aucun avantage

Ces chiffres tendent à prouver l'intérêt certain que suscite le télétravail aujourd'hui dans notre région. La prochaine décennie devrait permettre de lever les réticences qui freinent encore son expérimentation (résistance au changement, obsession de la sécurité).

1.3.4.      Conclusion – Tendances d'évolution

Il semble nécessaire de poursuivre encore l'effort de médiatisation, renforcé par la volonté des pouvoirs publics au niveau régional.

Par ailleurs, les contraintes économiques peuvent être considérées comme un autre facteur déterminant susceptible d'accroître le développement du travail à distance. En effet, face aux mutations économiques et à l'intensification de la concurrence désormais internationale, les entreprises régionales et notamment celles de taille modeste, vont être amenées à s'orienter vers le recours au travail indépendant et à l'externalisation.

Depuis mois quelques mois la Région Midi Pyrénées et notamment la métropole toulousaine, semble être bien engagée sur la voie des NTIC et des nouvelles organisations. Il est permis d'espérer que grâce à la mobilisation des décideurs, notre région ne restera pas à l'écart de la tendance qui se dessine au plan national, non seulement en Ile de France mais aussi en Auvergne ou dans le Vercors.

2.    Le télétravail chez nos voisins européens

Le 3e Festival européen du télétravail et des téléactivités s'est déroulé en mars 1998 à Serre-Chevalier (Hautes-Alpes). Avec la présence des meilleurs spécialistes européens et l'organisation d'une vingtaine de conférences, cette manifestation serait pour beaucoup le seul événement de référence ayant trait aux nouvelles formes de travail.

En attendant la quatrième édition qui devait avoir lieu du 25 au 27 mars et qui est reportée au mois de septembre 1999, nous pouvons reprendre le bilan qui de la dernière rencontre.

L'intérêt des échanges a résidé dans le choc des cultures entre praticiens et professionnels des nouvelles technologies, venus de Grande-Bretagne, d'Italie, de France et d'Europe du Nord.

La seule question de la définition du télétravail plus ou moins large d'un pays à l'autre, constitue un premier obstacle. Pour les questions juridiques et fiscales, l'avancement des réflexions est très variable selon le contexte et les cultures. On remarque des volontés inégales de répondre à des questions cruciales sur le statut professionnel. Il est donc difficile d'avancer des chiffres significatifs.

Ainsi par exemple, alors que les télétravailleurs nomades ont pour l'instant un statut de tolérance en France, les Pays-Bas ont largement progressé sur les questions juridiques et fiscales liées à cette situation.

Chaque pays a pour tache "d'avancer de son côté avec l'autorisation, sinon le devoir de confronter sa propre expérience avec celle de ses voisins."

Tel est l'objectif du projet ETD (European Telework Development) qui doit s'achever en juin 1999.

2.2     L'Italie

Comme la France, l'Italie propose des définitions aussi différentes que nombreuses du télétravail. Elle occupe la onzième place européenne avec 97 000 personnes (soit 0,46 % de celles qui ont un emploi) concernées par le travail à distance.

La désertification des campagnes a été, en Italie, à l'origine de la création du premier télécentre près de Bologne.

En 1998, le Ministère du travail a présenté un projet de loi visant à réglementer les droits des télétravailleurs. On peut alors compter cinq télécentres (contre 9 en France, 160 en Angleterre et en Irlande).

Les échanges avec notre partenaire italien, Daemetra, et notamment la rencontre transnationale des 6 et 7 décembre 1999 à Mantoue nous ont permis de dresser un bilan plus précis sur la situation des téléactivités en Italie.

L'Italie compte 720 000 télétravailleurs (soit 3,6 % de la population active) répartis comme suit :

·        1,57 % télétravailleurs à domicile

·        0,45 % indépendants

·        1,35 % travailleurs nomades

·        0,67 % télétravailleurs occasionnels

Entre 1994 et 1999, l'Italie a enregistré une augmentation particulièrement sensible du nombre de télétravailleurs : 642,3 % ; alors que notre pays a atteint 195,3 % pour la même période.

En 1994, il n'existait pas de télécentre en Italie ; on en compte 20 aujourd'hui (contre 13 existants ou en projet en France).

On assiste également au boom des telecottages : 200 % en un an. Il s'agit de structures en grande partie publiques créées pour redynamiser une zone et pour fournir des services à la collectivité.

En Italie, telecottage et télécentres sont assimilés car ces structures proposent non seulement la location de bureaux équipés, pour favoriser le télétravail pendulaire en zone rurale notamment, mais aussi toute une gamme de téléservices.

Ils sont ainsi centres d'appels notamment pour la gestion des numéros verts, centres télématiques et informatiques pour les petites entreprises locales non équipées, centres de vidéo-conférences…

Il convient de citer l'exemple du télécentre d'Asiago qui vient d'obtenir le prix Telework 1999 pour la première meilleure expérience italienne de télétravail dans le secteur des petites et moyennes entreprises. De plus dans le cadre d'un futur projet visant la création d'emplois féminins, le télécentre d'Asiago sera mis en liaison avec un Call Center Virtuel de Padoue.

Même si les entreprises italiennes ont montré beaucoup de réticences face à l'introduction du télétravail, un changement de mentalité tend à s'opérer notamment avec l'essor des NTIC.

Ainsi par exemple, l'investissement des entreprises en publicité sur Internet a augmenté de 400 % au cours des premiers mois de 1999.

On peut assister également au développement de nouveaux métiers comme celui d"'information broker" chargé de collecter des informations sur le Réseau pour le compte des entreprises.

Enfin l'Italie semble plus avancée que la France en matière d'accords et dispositifs réglementaires visant à promouvoir et à instituer le télétravail, dans le secteur privé comme dans le secteur public. Toutefois le second est plus avancé que le premier tant par le nombre des expériences déjà conduites que par le développement de nouveaux projets.

Citons pour exemple, l'accord qui a été conclu par Electrolux Zanussi en décembre 1997 et le projet de l'Université de Vérone, tous deux en faveur de l'emploi des femmes.

2.1.    L'Espagne

Dans ce pays, le télétravail correspond encore à une notion floue. Cependant, sur le terrain des initiatives dynamiques émergent.

En 1997, on note la création du premier télécentre de Gordexola (1 500 habitants, à une vingtaine kilomètres de Bilbao). Il participe depuis à un projet européen du fonds Feder, doté d'un budget de 4,6 millions de francs sur trois ans, de 1997 à 1999.

L'objectif est d'implanter les nouvelles technologies dans les PME de la région et encourager le télétravail.

L'Association Nationale des Télétravailleurs (ANT) créée en 1996 s'est donnée pour objectif d'informer et de promouvoir ce nouveau mode de travail, notamment par la création d'un cadre légal et d'un plan de télé-emploi. En 1998, lors du salon des ressources humaines qui s'est tenu au mois de mai à Madrid, l'association comptait 14 000 affiliés et avait obtenu 630 accords de collaboration avec les entreprises et 360 organismes institutionnels.

2.3.      L'Allemagne

Selon le Ministère allemand du Travail, l'Allemagne ne compterait que 150 000 télétravailleurs salariés environ. 21 % des firmes allemandes ont adopté le télétravail. Les entreprises pionnières étant IBM et Deutsche Telekom (opérateur téléphonique allemand).

Il convient de citer l'expérience remarquable dans cette dernière firme qui a conclu depuis 3 ans, avec le syndicat allemand de la Poste (DPG), un projet de convention collective sur le télétravail. Cette convention (provisoire) contient une liste détaillée des mesures à respecter. Le salarié est libre d'opter pour le télétravail.

En 1998, selon une enquête menée par le Journal Entreprises et Carrières[3], 160 salariés sur 190 000 que compte Deutsche Telekom, participent au projet. Ils sont tous employés à des tâches différentes : traitement de commandes, services téléphoniques, marketing…

Un grand nombres d'entreprises allemandes, estiment, selon une étude de l'université privée de Witten/Herdecke, que leurs activités ne se prêtent pas au télétravail ou que les coûts en télécommunication sont trop élevés. Malgré ces réticences, la majorité des entreprises estiment que le télétravail constitue un potentiel très grand, appelé à se développer d'une façon importante dans les années à venir.

Les entreprises qui ont déjà adopté cette nouvelle forme d'organisation dressent un bilan positif[4] :

·        50 % estiment que la flexibilité s'est accrue grâce au télétravail

·        20 % ont noté un recul du taux d'absentéisme

·        30 % ont remarqué que leurs salariés étaient plus motivés et donc plus productifs.

2.4.      Le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni compte 2,6 fois plus de télétravailleurs que la France. Avec quatre millions de télétravailleurs recensés, l'Angleterre détient le record d'Europe. Toutefois, comme c'est la définition la plus large du télétravail qui prévaut ce chiffre inclut les travailleurs indépendants qui ne sont pas pris en compte par les statistiques françaises.

Il faut souligner la solution originale et propre à la Grande-Bretagne des "télécottages". Ce sont des centres de services télématiques de proximité accessibles à la communauté.

Une de leurs fonctions initiales est de former la population locale à l'informatique et à la télématique, pour lui permettre d'accéder à un niveau comparable à celui des travailleurs urbains. Cette formule du télécottage insiste sur le soutien social qui est apporté au télétravailleur. Celui-ci n'y vient pas aussi régulièrement que dans un télécentre traditionnel.

En Grande-Bretagne, une quinzaine de métiers et presque tous les secteurs d'activité sont concernés par le télétravail.

Les patrons bénéficiant de la formule placent l'autonomie de la personne comme premier critère de recrutement d'un télétravailleur, puis la maturité, l'expérience et la conformité du domicile.

Ils sont 36 % à constater le manque d'autodiscipline comme le principal motif d'inaptitude à cette organisation. Le besoin de supervision apparaît comme le deuxième obstacle (29 %), suivi du manque de confiance en soi (25 %), du besoin de compagnie (18 %) et de l'hostilité de la famille (16 %).

Parmi les désavantages liés au télétravail, les patrons britanniques notent d'abord la difficulté de gestion, puis l'isolement social, au même rang que les difficultés de communication, et encore l'indisponibilité pour les réunions dans l'entreprise.

La mauvaise qualité de travail vient ensuite. Les problèmes techniques se placent au dernier rang, ce qui confirme que les technologies ne posent plus réellement de problèmes.

2.5.      La Norvège

Le télétravail a pris dans ce pays une telle ampleur que toute l'organisation traditionnelle des entreprises et , plus généralement, de la société s'en trouve bouleversée.

Un nombre croissant de norvégiens travaillent désormais à domicile. Ils se situent essentiellement dans le secteur de l'informatique et des télécommunications et de la banque.

Le lien physique est conservé au rythme d'au moins deux jours par semaine afin de ne pas se déconnecter de la culture d'entreprise.

Certaines grandes sociétés de la capitale ont décidé d'aménager leurs branches ou leurs filiales en province en réorganisant certaines activités au sein d'u réseau de bureaux satellites.

3.    Le télétravail aux Etats-Unis

D'après une étude de la société Gartner, le télétravail concernerait plus de 12 millions d'américains. Il commence à toucher toutes les industries, grandes entreprises et PME. Les statistiques prévoient 80 millions de télétravailleurs en 2003.

Grâce au télétravail, les gains de productivité seraient de 15 à 40 % plus élevés.

Les entreprises à domicile, le "home based business", sont connues et reconnues. D'après le Cabinet Link Ressources, elles sont passées de 1,2 millions en 1980 à 14 millions aujourd'hui.

Dans l'état de Californie, par exemple, et depuis 1990, un décret oblige les entreprises qui emploient plus de 50 personnes sur un même site de présenter sous 90 jours un plan de réduction du trafic automobile domicile/lieu de travail. Une amende de 25 000 dollars sanctionnant chaque jour de retard, on peut comprendre que l'idée du travail à distance se matérialise plus vite qu'en Europe.

Dans ce même état également, la loi impose à toute personne travaillant à domicile, une pièce bien séparée de l'habitation et disposant d'une entrée indépendante.

4. Perspectives

Aujourd'hui malgré un historique d'une vingtaine d'années ponctuée d'incitations politiques, on ne dénombre, nous l'avons vu, que 300 000 télétravailleurs en France. Néanmoins ce chiffre va continuer à croître dans les années à venir : 10 millions d'européens devraient télétravailler d'ici à l'an 2000 (objectifs de la DG XIII).

Une analyse de l'ANDT (Association Nationale pour le Développement du Télétravail et de la Téléformation) parue dans l'Annuaire Français du Travail à distance de 1999, montre que le marché du travail à distance est potentiellement immense. "Le vrai problème est de comprendre comment le sortir de l'anonymat".

Ce marché concerne des millions d'entreprises, quelle que soit leur taille, et des millions de personnes pour lesquelles la séparation entre la vie et la vie professionnelle peut et doit trouver une nouvelle position.

D'après le CRTTA (Centre de Ressources sur le Télétravail et les Téléactivités en Auvergne), le développement massif du télétravail peut être envisagé aujourd'hui du fait de la conjonction de plusieurs phénomènes :

- La déconcentration de l'activité salariée : aujourd'hui, on sait techniquement amener le travail aux télétravailleurs. Déplacer le travail, c'est promouvoir la création de structures moins massives, mouvantes, communicantes qui autorisent l'individu à gérer plus efficacement et de façon plus enrichissante pour lui, donc pour l'entreprise qui l'emploie, sa charge de travail.

- Une action palliative pour la décongestion de sites géographiques. Le télétravail abolit les distances et permet de faire travailler sur un même projet avec un même projet, avec un même esprit d'entreprise et les mêmes bases d'information, des individus délocalisés de zones urbanisées trop denses.

- Une dynamique exogène de développement, voulue par les pouvoirs publics dans une optique de rééquilibrage socio-économique du territoire français. Seule une politique incitative peut aider au dynamisme de zones suburbaines et rurales de régions économiquement "plus faibles". Il faut préparer ces régions et leurs habitants à saisir la chance des téléactivités pour se vendre sur le marché du travail et ainsi rapatrier des heures de travail.

- Une prédominance de l'esprit gestionnaire des chefs d'entreprise. Aujourd'hui la recherche de productivité dans les services conduit les dirigeants à réorganiser les branches non bénéficiaires de leur activité, soit en essaimant géographiquement ce travail tout en gardant un lien fort et unique contrat de travail, avec les essaimés, soit en sous-traitant ce travail à un centre de profit autonome qui gère ces mêmes branches pour d'autres entreprises

- Une motivation sociale : semaine de 4 jours, de 35 heures, temps partagé, annualisé, rémunération à la tâche…, ces idées qui impulsent les mutations sociales des années à venir ont pour principe de nous faire travailler plus efficacement mais aussi plus harmonieusement avec la société dans laquelle nous vivons. Chaque réflexion sur ces thèmes accrédite encore plus l'hypothèse d'un développement massif du télétravail, plus en phase avec ses principes que le mode d'organisation actuel.

- Un développement des nouvelles technologies d'information et de communication qui permettent des échanges de données informatiques ou télématiques de qualité et peu onéreux. Ce phénomène est à coupler avec l'essor d'Internet comme instrument de travail et de commerce et la tendance des particuliers et des entreprises à s'équiper en informatique et multimédia.

Si nous voulons faire un peu de prospective, nous pouvons conclure cette analyse avec l'extrait d'une communication présentée au festival du télétravail, 28-31 mars 1996, par Denis Bérard.[5]

A court terme, c'est-à-dire à l'horizon 2005, il faut prendre en compte les tendances lourdes, que l'on peut résumer en quelques points :

·        Internet (puis d'autres réseaux concurrents) seront un standard de communication au même titre que le téléphone actuellement. On peut aussi prévoir une fusion des différents réseaux : téléphoniques, câbles TV, Internet pour arriver à un véritable réseau "multimédia" à large bande, utilisé par de multiples services et différents opérateurs.

·        La part de l'immatériel dans l'économie croîtra encore, et le travail salarié classique continuera à régresser au profit de nouvelles formes de travail, plus précaires, et surtout plus mobiles et déconcentrées. Le travail rémunéré ne sera qu'une des activités sociales de l'homme du XXIe siècle, et pas toujours le point d'ancrage principal de son identité sociale.

Dans ce cadre, on peut imaginer que la distinction actuelle entre travail "classique" et "télétravail" n'aura plus de sens. Le télétravail ne sera qu'une des activités contenues dans le cadre d'un emploi ou plus exactement une des façons d'exercer une activité.

De même que la distinction temps de travail/temps de loisir aura perdu peu à peu sa signification, la rémunération au temps passé n'aura plus de sens, du moins pour toutes les activités "déterritorialisables". De ce fait, le temps passé sur les futures autoroutes de l'information sera indissociable du temps de travail et du temps de loisir.

L'exploration du réseau (qui, si l'on en croit les taux de croissance actuels, sera devenu un véritable "monde virtuel") sera simultanément une activité de communication, de formation, de jeu, de travail.

Ainsi une discussion initiée dans un newsgroup pourra donner lieu à un projet commun avec une personne inconnue jusque là, et évoluer en une réalisation trouvant un marché.

La notion même de "tissu social" devra être repensée en fonction du poids des réseaux électroniques dans la société. Les personnes avec lesquelles nous communiquons actuellement sont liées à notre histoire personnelle, à notre environnement professionnel ou encore davantage à notre voisinage. Demain, il sera banal d'échanger quotidiennement, de travailler, de jouer avec des hommes et des femmes que l'on ne verra jamais, et ce "tissu social virtuel" s'étendra sur la planète entière.

Ce peut être le meilleur des mondes comme le pire. A la différence de nos grands-parents confrontés à l'émergence d'une société industrielle qui s'est imposée à eux sauvagement, nous avons encore la possibilité d'anticiper, de dessiner les grandes lignes de cette société post-industrielle dont on nous parle depuis déjà quelques années. A nous de mettre en place à temps les mécanismes régulateurs, les garde-fous, s'ils ne nous assurent pas du paradis, nous éviterons peut-être l'enfer….



[1]  Le Travail à domicile, par Chantal Rey

[2]  Sources : La Revue du Télétravail et de la Téléformation, n° 34, juillet 1998 - Existe depuis juillet 1995, mensuel édité par Séléfrance Développement.

[3]  Entreprises & Carrières n° 442 – du 7 au 13 juillet 1998

[4]  D'après une enquête réalisée par l'université de Witten/Herdecke

[5]  Denis Bérard, auteur de Télétravail et Nouvelles Formes de Travail, ANACT, coll. « Dossiers Documentaires ».

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Mise à jour du 04/03/2001. Y. CATHALA - ORT Toulouse.